Revue de presse

Semaine du 2 au 8 octobre

Le rédacteur en chef d’El Dostour limogé, Hicham Tala’at Mostafa qui échappe à la peine de mort dans l’affaire Suzanne Tamim, le scandale Madinati et les prix des légumes qui s’envolent… Ces histoires ont fait les gros titres cette semaine.


Le régime au pouvoir part-il à la chasse aux opposants qui ont pignon sur rue, avant les législatives prévues à la fin du mois de novembre ? C’est en tout cas ce que laissent supposer les derniers remous qui agitent le monde des médias. L’affaire Ibrahim Eissa, rédacteur en chef du quotidien d’opposition El Dostour, renvoyé le 4 octobre par les nouveaux propriétaires du journal, a fait les gros titres des journaux et des talk show. Selon le journal indépendant El Chorouq El Gedid, le limogeage du journaliste d’opposition a tout d’un acte politique. Le quotidien raconte que ce proche de Mohamed El Baradei voulait publier une tribune du leader de la Coalition nationale pour le changement, le jour du 37e anniversaire de la guerre d’Octobre. Même son de cloche du côté des journalistes d’El Dostour, qui se sont exprimés sur la chaîne Al Jazira. Ils ont affirmé que des pressions de l’état étaient à l’origine de la mise à l’écart d’Ibrahim Eissa. Il faut dire que le sort s’acharne contre le journaliste. Quelques jours auparavant, l’homme d’affaires Naguib Sawiris, propriétaire des deux chaînes télé OTV et ONTV, a décidé d’arrêter les émissions de Eissa sur ces chaînes. Il y a trois semaines, c’était l’émission de télévision quotidienne « Al-Qahira el Youm » du journaliste star Amr Adib, également critique à l’égard du gouvernement, qui a disparu des programmes de la chaîne privée Orbit. Raison officielle invoquée : des problèmes financiers. D’après El Shorouk El Gedid, un haut responsable américain s’est inquiété de ce qui ressemble à un tour de vis du gouvernement égyptien. Washington exhorte le régime d’Hosni Moubarak à respecter la liberté d’expression, rappelle le journal.

Cette semaine également, les derniers développements de l’affaire Madinati. Le gouvernement va finalement revendre le terrain de cette ville en construction dans le désert, au nord du Caire, au promoteur Hicham Tala’at Moustafa pour 9,9 milliards de LE (1,25 milliard d’euros). Cette décision est loin de faire l’unanimité. D’habitude caressant envers le régime, le quotidien gouvernemental El Gomhoureyya parle « d’un prix minimum ». El Akhbar et le quotidien indépendant Al Masry El Youm sont sur la même ligne. L’affaire remonte à quelques mois. En juin dernier, la Haute Cour administrative a estimé que le contrat de vente du terrain de Madinati, conclu entre l’organisme public chargé du développement urbain et le groupe Hicham Tala’at Moustafa, était non valide. Pourquoi ? L’accord avait été scellé sans appel d’offres au préalable. La compagnie de Tala’at Moustafa, homme d’affaires proche du pouvoir, avait donc obtenu le terrain, 3360 hectares, pour une bouchée de pain.

Hicham Tala’at Mostafa fait doublement la une de l’actualité cette semaine… Grâce à un verdict inattendu, le magnat de l’immobilier, proche de Gamal Moubarak, et Mohsen El Sokkary échappent à la peine de mort dans l’affaire du meurtre de Suzanne Tamim. Rappel des épisodes précédents : Suzanne Tamim, une starlette de la chanson libanaise, avait été retrouvée morte dans son appartement à Dubaï en juillet 2008, transpercée de plusieurs coups de couteau (lire un article paru dans Libération en 2008 sur le sujet). En mai 2009, Tala’at Mostafa, amant éconduit de la belle, a été condamné à la peine capitale par pendaison pour avoir payé deux millions de dollars à un ex-policier, Mohsen El Sokkari, pour tuer Suzanne Tamim. Le verdict avait à l’époque été perçu comme un geste du régime destiné à montrer que les proches du pouvoir n’étaient pas au-dessus des lois. Mais voilà, le deuxième jugement rendu cette semaine, qui réduit considérablement les peines des deux hommes, affaiblit un peu cette posture légaliste… Le quotidien gouvernemental El Akhbar s’étonne d’ailleurs : « Surprise dans le procès du meurtre de Suzanne Tamim : Hicham Tala’at Mostafa condamné à 15 ans de prison et Mohsen à la prison à perpétuité ». Son confrère d’El Ahram n’a visiblement pas obtenu la même information : « Dans un jugement inattendu : 15 ans de prison pour Hicham Tala’at Mostafa et 28 ans pour Mohsen El Sokkary. » Peu importe pour El Dostour. Le quotidien d’opposition prévoit la libération prochaine de Hicham Tala’at Mostafa. L’homme d’affaires peut en effet espérer être libéré d’ici quelques années pour « bonne conduite »…

C’est un sujet qui préoccupe le plus grand nombre… Le quotidien indépendant Nahdet Masr fait un gros plan sur la hausse des prix des denrées alimentaires, notamment des fruits et des légumes. Il a consacré sa une deux jours de suite à cette « hausse spectaculaire de 28 produits alimentaires. » Citons les prix atteints par quelques produits de base ces dernières semaines : un kilo de viande atteint les 80 LE, un kilo d’haricots verts dépasse les 12 LE (moins de 5 LE habituellement) et les tomates sont vendues jusqu’à 10 LE le kilo (2 à 3 LE normalement) ! C’est vertigineux. Mais selon le journal, le gouvernement entend réagir : on apprend que « l’état d’alerte » a été décrété en Egypte pour faire face aux majorations injustifiées des prix. Sans effet pour l’instant sur l’étal de notre marchand de légumes… On reste un peu sur sa faim.

Rania El-Shamma’a

En savoir plus :

L’article écrit par Mohamed El Baradei à l’occasion du 6 octobre (en arabe)

Le communiqué des journalistes d’El Dostour posté sur Facebook (en arabe)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s