Blé : le prix à payer

En matière de blé, l’Egypte bat tous les records : près de 80 millions d’habitants qui mangent chacun environ 400 grammes de pain par jour (le double de la consommation moyenne d’un Français), faites le calcul ! Chaque année, les Egyptiens avalent 14 millions de tonnes de blé, dont près des deux tiers sont importées.

Vendeur de pain au Caire. (Photo Marion Guénard)

Premier importateur de blé au monde, l’Egypte a donc vécu avec angoisse la décision de la Russie en juillet dernier de suspendre ses exportations de graines.« Les Russes représentaient 60% des importations égyptiennes. Le GASC (l’organisme qui achète le blé destiné au marché public) a dû se tourner vers d’autres fournisseurs : la France, les Etats-Unis et le Canada », explique Roland Guiragossian, responsable Moyen-Orient de France Export Céréales, une association de promotion du secteur, basée au Caire.

Pour éviter toute pénurie, Le Caire a dû payer la graine au prix fort. Lors du dernier appel d’offres début octobre, l’Egypte a sorti son carnet de chèques : 240 000 tonnes de blé français et canadiens, au prix moyen de 282 dollars la tonne. En juillet dernier, avant l’embargo russe, les prix n’excédaient pas les 250 dollars la tonne. Tant pis si la note est salée, le gouvernement égyptien n’a pas d’autre choix. Dans un pays où une personne sur cinq vit avec moins d’un dollar par jour,  on ne peut pas prendre le risque d’être à cours de pain subventionné.

Les galettes d’aich mouda’am sont vendues dix fois moins cher que le pain des enseignes privées. S’élevant à un milliard de dollars en 2008, cette aide sociale plombe le budget de l’Etat. Mais le gouvernement ne prendra pas le risque de la remettre en question. Le régime se souvient trop bien des émeutes de 1977 et plus récemment des bousculades meurtrières de 2008. Cette année-là, l’Egypte n’avait pas été épargnée par la crise alimentaire mondiale. Flambée du prix du pain, files interminables devant les boulangeries subventionnées… Dans la cohue, une quinzaine d’Egyptiens avait alors perdu la vie.

A la veille d’élections législatives, puis d’un scrutin présidentiel l’année prochaine, le gouvernement souhaite éviter tout débordement. Le régime va donc puiser dans sa réserve de devises étrangères. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamed Rachid, estime que la hausse du prix du blé pourrait coûter jusqu’à 4 milliards de LE (500 millions d’euros) à l’Etat. Tant pis, maalesh comme on dit ici. Les fours subventionnés doivent continuer à tourner. Pour Morsi Abdel Hamid, propriétaire d’un four dans le quartier populaire d’Imbaba, « c’est le gouvernement qui prend en charge la différence des prix. Tant que ça fonctionne comme cela, les clients ont leurs galettes de pain et personne ne se pose de question ».

Marion Guénard

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Une réponse à “Blé : le prix à payer

  1. Le monde de Sergio

    Curieuse dépendance alimentaire d’un pays de 80 millions d’habitants ou plus. D’où vient l’habitude de consommer du pain des égyptiens alors qu’ils nont pas la denrée de base en auto-suffisance ?

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