Il y a 8000 ans, les Egyptiens subissaient un réchauffement climatique

Un colloque de géoarchéologie a été organisé au Caire le mois dernier. De quoi s’agit-il? D’une nouvelle approche scientifique qui associe plusieurs disciplines, et permet aux chercheurs de comprendre comment les hommes ont influencé leur environnement au cours de l’histoire. Ou comment, par exemple, nos ancêtres se sont adaptés aux précédents changements climatiques.


Le Sahara égyptien n’a pas toujours été un désert : entre 8500 et 6000 avant J.-C., l’étendue sableuse était parsemée de savanes, qui permettaient à des populations d’éleveurs de subsister. Mais à partir du sixième millénaire avant notre ère, l’eau se fait plus rare. « Cette aridification progressive semble avoir été un phénomène naturel, mais il est aussi probable que les hommes aient perturbé leur environnement en multipliant les pâturages », observe Béatrix Midant-Reynes, égyptologue, spécialiste de la préhistoire égyptienne et directrice de l’Institut français d’archéologie orientale (Ifao).

La désertification oblige en tout cas ces pasteurs à se replier sur la vallée du Nil. « Ils ont du vivre ensemble sur des terres beaucoup plus restreintes : ces conditions ont contribué à l’émergence de l’Etat et donc à l’apparition de la civilisation pharaonique. »

La limite entre le désert et la vallée du Nil à Saqqarah. (Photo Nina Hubinet)

Examiner ces interactions entre l’homme et le paysage, tel est l’objectif de la géoarchéologie, qui a fait l’objet d’un colloque organisé par l’Ifao, le CNRS et le Conseil suprême des Antiquités égyptien le mois dernier au Caire. Plus qu’une nouvelle science, il s’agit d’une approche pluri-disciplinaire, mêlant géographie, géologie, paléobotanie, archéologie, médecine…

« L’utilisation de l’ADN ancien est l’une des révolutions en archéologie depuis vingt ans : grâce aux prélèvements d’ADN sur des squelettes vieux de plusieurs millénaires, on a par exemple pu identifier l’origine de la tuberculose lors de fouilles sur le site pré-dynastique d’Adaïma, dans le sud de l’Egypte. La maladie serait d’abord apparue chez les bovins, qui l’auraient ensuite transmise à l’homme », souligne Béatrix Midant-Reynes.

Les études de géoarchéologie permettent aussi de trancher de vieux débats. Certains archéologues et égyptologues pensaient que les temples de Karnak, à Louxor, avaient été construits sur une île au milieu du Nil. Avec la crue annuelle du fleuve, cette hypothèse paraissait peu logique. « Nous avons prélevé des sédiments sur les rives et dans le lit du fleuve, puis nous avons utilisé le carbone 14 pour les dater et reconstituer l’histoire du Nil à cet endroit », explique Matthieu Ghilardi, géographe et géomorphologue rattaché au CNRS (laboratoire du CEREGE, Aix-en-Provence) et co-organisateur du colloque. « Nous avons alors découvert que le Nil passait plus à l’Est il y a 3500 ans. Du coup les temples de Karnak étaient plus proches de l’eau qu’aujourd’hui, mais ils ont bien été construits sur la rive orientale du fleuve, et non sur une île. »

Les bords du Nil à El Maris, près de Louxor. (Photo Nina Hubinet)

Anticiper les changements à venir

Autre région d’Egypte que la géoarchéologie aide à comprendre : le Delta du Nil. « Lors de certaines périodes très humides, le Delta était complètement inondé. Les populations qui y vivaient se réfugiaient sur des buttes sableuses », explique Yann Tristant, archéologue à l’Ifao et co-organisateur du colloque. « Les études géomorphologiques et géophysiques permettent de retrouver l’emplacement de ces buttes, qui deviennent souvent des lieux de fouilles riches en enseignements pour les archéologues. »

La géoarchéologie peut aussi se tourner vers le futur : les études sur l’évolution de la morphologie du Delta et du littoral méditerranéen aident à prévoir leurs transformations dans les décennies à venir. Elles pourraient ainsi aider les autorités égyptiennes à préparer une stratégie pour évacuer les habitants du Delta dont les terres risquent d’être inondées, sous l’effet du réchauffement climatique.

Nina Hubinet

(article publié sur le site internet d’RFI début octobre)

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