La poésie des législatives

Les élections législatives égyptiennes, dont le premier tour a lieu demain, ont un enjeu limité : savoir quelle va être l’ampleur du raz de marée du Parti National Démocratique (parti au pouvoir), et à quel point le régime va ratatiner les Frères musulmans – qui détiennent près de 20% des sièges de l’Assemblée du Peuple depuis le scrutin de 2005.

Ce qui est certain, c’est qu’au moins les deux tiers des députés seront PND, et que les autres seront pour la plupart issus des vieux partis de l’opposition laïque – Wafd, Tagammu, parti nassériste – dont l’audience dans la population est dérisoire, et la soumission au PND presque totale. On prédit 20 à 30 Frères musulmans rescapés, contre les 88 députés islamistes actuels.

Il s’agit pour le pouvoir de se préparer à une échéance beaucoup plus importante : l’élection présidentielle qui aura lieu dans un an. Pour se présenter, un candidat doit actuellement soit faire partie des instances dirigeantes d’un parti politique reconnu (une condition qui vise en premier lieu les Frères musulmans, la confrérie étant toujours officiellement considérée comme une « organisation interdite », bien que tolérée dans les faits), soit récolter au moins 250 signatures  d’élus, dont 64 de députés. Pour éviter l’émergence d’un candidat indépendant – qu’il s’agisse de Mohamed El Baradei ou d’un autre – le régime a donc pris soin de verrouiller le scrutin législatif. En procédant à des arrestations massives de Frères musulmans, en remplaçant le contrôle du vote par les juges par une commission électorale plus docile (via un amendement constitutionnel voté en 2007), en « choisissant » en partie les électeurs. Demain, les achats de voix, bourrages d’urnes ou la simple fermeture de certains bureaux de vote viendront compléter le dispositif…

Un peu de poésie dans ce monde de brutes

Pour se distraire de cette ambiance morose, que des tensions confessionnelles de plus en plus vives viennent encore assombrir,  observons plutôt ce que la période électorale a de poétique. Depuis deux semaines, les rues du Caire sont décorées de banderoles et d’affiches électorales colorées. Du coup, même si seulement 5 à 10% des électeurs égyptiens participent au vote, on pourrait croire, en marchant dans la rue le nez en l’air, à une effervescence électorale toute démocratique.

Dans le quartier de Sayeda Zeinab, les photos du chauve Fathi Sorour, actuel président de l’Assemblée du Peuple et candidat local du PND, ont littéralement recouvert les murs, masqué les devantures des magasins…

et enveloppé la mosquée Sayeda Zeinab, du nom de la petite-fille du Prophète.

Un détail attire l’œil de l’étranger :  sur les affiches des candidats, on trouve, à côté de leur photo, un petit dessin, pour permettre aux électeurs illettrés de reconnaître le bulletin de leur champion, s’ils ont réussi à accéder au bureau de vote. L’énumération de ces symboles électoraux sonne comme un inventaire à la Prévert : plume, cheval, ventilateur, avion, échelle, chameau, chandelier… Voyez plutôt :

Gamila Ismaïl, parti El Ghad, symbole Tasse de café

Magdi Salah El Gamal, candidat indépendant, symbole Horloge

Ibrahim Chalqami Ahmed, candidat indépendant, symbole Chandelier

Zeinab Abdel Rahmin, candidate indépendante, symbole Grappe de raisin

(je n’arrive pas à lire son nom), symbole Téléphone portable

Rada El Saïd Mohamed Soliman, candidate du Parti démocratique de la paix, symbole Avion

Ahmed Abou El Fetouh, candidat indépendant, symbole Télévision.

Je me suis posée la question du sens de ces symboles. Est-ce que les candidats choisissent un objet qui a une connotation particulièrement positive? Comme la plume (instruction), le chandelier (lumière de la connaissance ou richesse?),  l’avion (réussite à l’étranger?), le portable (modernité??)… Mais quelle est alors la signification de la tasse de café ou du poste de télévision? Si vous avez des explications qui tiennent la route, merci de m’en faire part.

Nina Hubinet

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Une réponse à “La poésie des législatives

  1. Bonjour,

    que de poésie dans ce monde de brutes!!
    Alors la télévision j’opterai pour une éducation moderne ouverte sur les autres, en tout cas sur ce que la télévision nationale veut montrer et inculquer au sujet des autres…
    Et la tasse de café, la convivialité et la confiance dans celui qui offre ce petit moment de délicatesse!!

    Ce ne sont que des suggestions pour rester dans la poésie…

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